LE BALANCIER EST REPARTI DANS L’AUTRE SENS

Par le 15 mai 2015

Je me rappelle des craintes que nous avions tous à l’annonce de l’abolition des conseils régionaux de développement (CRD) au profit de la mise en place des conférences régionales des élus (CRÉ). On passait d’une structure régionale dont la gouvernance était assurée majoritairement par des représentants de la société civile, à trois structures régionales dirigées majoritairement par des élus. La place de la société civile était laissée au bon vouloir des élus. Le milieu de la culture envisageait l’hécatombe.

En Montérégie, il y a eu une période de transition qui a duré un peu plus longtemps qu’ailleurs, du fait que les CRÉ réclamaient, toutes trois, un statut de région indépendante. On divisa en trois tout ce qui put être divisé. Le CMCC est l’un des rares organismes, avec Tourisme Montérégie, Loisir et Sport Montérégie et le Conseil régional de l‘environnement de la Montérégie, qui a poursuivi sa mission sur l’ensemble du territoire montérégien en composant tant bien que mal avec les spécificités de ses nouveaux interlocuteurs. Au bout du compte, non seulement l’hécatombe appréhendée ne s’est pas produite, mais au moment où les CRÉ sont abolies, le bilan s’avère positif pour le milieu culturel. J’espère que nous pourrons tirer les mêmes conclusions dans dix ans, à propos de la réorganisation en cours et que nous saurons passer à travers la transition qui s’amorce sans trop de heurts.

Administration des fonds régionaux
L’abolition des forums jeunesse – qui nous a tous pris par surprise – est venue confirmer drastiquement ce que nous savions déjà : aucun fonds régional ne sera administré par d’autres instances que les MRC. Aussi, ce que l’on appelait le Fonds régional d’investissement jeunesse (FRIJ, pour les intimes) n’est plus. L’enveloppe dédiée à la mise en œuvre de la stratégie d’action jeunesse n’est plus un fonds régional. À compter du 1er avril 2016, le Secrétariat à la jeunesse attribuera une enveloppe de 20 millions de dollars aux carrefours jeunesse-emploi (CJE) pour la mise en place des services directs aux jeunes, en plus de financer des projets locaux et régionaux favorisant la participation citoyenne et l’engagement des jeunes dans le développement de leur communauté. La Montérégie compte 16 CJE sur son territoire. Le Québec, 110.

Le local et le régional
Sous le règne des CRÉ et des Forums jeunesse, le développement reposait sur une approche régionalisée qui répondait à une vision que l’on voulait intégrée, globale et partagée. C’était là une approche bien ambitieuse que de vouloir favoriser des actions qui prendraient en compte tant l’économie, l’aspect social que l’environnement, dans des territoires aux réalités multiples et qui, par-dessus le marché, feraient consensus. Le plus difficile fut sans doute l’appropriation de cette vision par les divers acteurs du développement et aussi, par les milieux eux-mêmes, qui, habitués à travailler localement et en silo, devaient rapidement se positionner parmi les autres joueurs du territoire.

Rares sont les organismes culturels dont le rayonnement se limite aux portes d’une municipalité, aussi, la répartition des sommes dédiées à la culture basée sur des critères régionaux favorisait la reconnaissance des organismes culturels hors de leur patelin. Plus important encore, cette vision régionale a permis d’assurer l’équité entre les artistes et les organismes qu’ils soient issus de milieux ruraux ou urbains, favorisés ou non.

Dans les communications officielles, on voit subtilement réapparaître la notion de développement local. Puisque les fonds régionaux seront désormais administrés localement, il serait étonnant qu’il en soit autrement. Certains y voient un retour du balancier, une certaine recherche d’équilibre entre les besoins de proximité et la cohérence territoriale. Que restera-t-il de la vision développée au cours des 10 dernières années ? Fort de notre expérience, saurons-nous retenir le balancier avant qu’il n’aille trop loin dans l’autre sens et obtenir un réel équilibre ? Chose certaine, plusieurs vacilleront. Pour le milieu culturel, ce jeu de funambule se fera sans filet.

Ententes régionalisées avec le CALQ
Le balancier, en changeant sa trajectoire, a tassé les ententes régionalisées avec le CALQ. Seule la CRÉ Vallée-du-Haut-Saint-Laurent, pour le moment, maintient son engagement comme prévu jusqu’en mars 2016. Toutefois, l’abolition du Forum jeunesse entraîne inévitablement le retrait de sa part de financement réservée au prochain et dernier appel de projets qui aura lieu sur le territoire de la Vallée-du-Haut-Saint-Laurent. Dans l’agglomération de Longueuil, on avait réussi à sauver le volet s’adressant à la relève artistique grâce au Forum jeunesse pour 2014-2015. Les engagements liés au dernier appel de projets seront respectés, mais il ne sera plus possible, avec l’abolition des forums, de renouveler ce partenariat. Quant à la CRÉ Montérégie Est, elle a choisi de résilier l’entente qui devait se poursuivre cette année et l’an prochain. De son côté, le CALQ maintient toujours ses budgets afin de poursuivre son action territoriale par le biais d’ententes régionalisées. Toutefois, la mécanique qui permettra la signature de nouvelles ententes n’est pas encore déterminée. On travaille là-dessus…

La sensibilisation des élus et des citoyens
Les changements de cap se font rarement sans remous. On peut difficilement passer sous silence l’article paru dans le Journal de Montréal et le Journal de Québec, le 24 avril dernier, dans lequel le journaliste Marc-André Gagnon rapporte une citation du ministre Moreau qui relie la supposée déroute des CRÉ dans l’application de leur mandat de concertation à l’achat d’œuvres d’art. La CRÉ Vallée-du-Haut-Saint-Laurent, qui s’est dotée d’une politique d’acquisition d’œuvres d’art, y est citée, accompagnée de photos d’œuvres qui composent actuellement la collection de la CRÉ.

Les remous auraient pu être bien vite dissipés, si le journaliste avait précisé que la politique d’acquisition d’œuvres d’art de la CRÉ est, justement, le fruit d’un travail de concertation. La réflexion menant à la politique d’acquisition d’œuvres d’art s’est articulée autour d’enjeux identifiés dans les diagnostics culturels régionaux de la Vallée-du-Haut-Saint-Laurent, produits par le ministère de la Culture et des Communications, en collaboration avec la CRÉ et le CMCC. Rien à avoir donc, avec un égarement de la mission de la CRÉ, et encore moins, avec les caprices de ses administrateurs.

Là où le bât blesse, c’est qu’un article comme celui-là, qui ne donne qu’une information partielle de la situation, laisse entendre à toute administration publique et aux citoyens qui payent des taxes, qu’investir dans les arts est une aberration, voire une tare de gestion.

À l’heure où les ententes régionalisées et les investissements régionaux sont ralentis par la réorganisation de la gouvernance régionale, et où les alliés naturels du milieu culturel sont aux prises avec d’importantes restrictions budgétaires, la dernière chose que le milieu culturel a besoin, c’est bien de voir ses années d’efforts de sensibilisation du monde municipal aux arts et à la culture anéanties par un article de journal mal documenté.

Le balancier poursuit son élan.

Dominic Trudel
Directeur général du CMCC

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À propos de CMCC

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One Comment

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    17 juin 2015 at 12 h 47 min

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